Partager cette page Imprimer cette page Ajouter cette page à mes favoris Conseiller cette page à un ami Agrandir les caractères Agrandir les caractères Réduire les caractères

Pêche/Économie

Les chiffres clés d'INPECMAM

28 mois de programme

3 volets : programme d’embarquement, analyses biologiques et enquête sociologique

1 année d’embarquement

55 navires volontaires

Effort observé : 12 825 hameçons de palangriers, 423 heures de traine de chalutier, 775 km de filets

117 marées observées, 136 jours de mer d’observations, 739 opérations de pêche échantillonnées

2 captures accidentelles observées à bord (une jeune femelle de phoque gris en mai 2012 dans un filet à lottes et un dauphin commun en janvier 2012 dans un filet à soles) et 16 poissons déprédatés observés

13 estomacs de phoques gris analysés pour la détermination du régime alimentaire

41 échantillons de féces de phoques gris analysés

54 personnes enquêtées (pêcheurs professionnels, mareyeurs, directeurs de criée, réparateurs et maires dans 13 ports de la pointe Finistère

Le programme INPECMAM : étude des interactions entre la pêche et les mammifères marins

Les interactions entre mammifères marins (cétacés et pinnipèdes) et pêcheries sont nombreuses et sont largement répandues dans les océans. Elles concernent les captures accidentelles des mammifères marins et la déprédation.
Le projet du Parc naturel marin « interactions pêche mammifères marins », dit IMPECMAM, est réalisé en partenariat avec Océanopolis, l’Université de Bretagne Occidentale, le Muséum National d’Histoire Naturelle et la Fédération des comités des pêches du Finistère.
Ce projet bénéficie du soutien financier de la Région Bretagne.

Concilier la protection des mammifères marins et le soutien à la pêche

Les interactions entre mammifères marins et pêcheries peuvent se classer en deux grandes catégories qui sont les captures accidentelles et à la déprédation :

  • les captures accidentelles se définissent comme étant toutes prises non souhaitées, non ciblées par les pêcheurs. Dans le cas présent, il s’agit de mammifères marins (cétacés et pinnipèdes) ;
  • la déprédation concerne le comportement alimentaire de certains prédateurs supérieurs qui s’attaquent aux captures des pêcheurs professionnels ou plaisanciers.

Le conseil de gestion du Parc naturel marin d'Iroise, en tant que gestionnaire d’une aire marine protégée OSPAR et opérateur des sites Natura 2000 au titre de la Directive européenne Habitats, Faune, Flore, a la responsabilité du bon état de conservation des espèces et des habitats protégés et remarquables. A ce titre, il doit disposer de données scientifiques et de suivis pour appréhender l’état de conservation des populations de phoques gris, de grands dauphins et de marsouins communs présentes dans le périmètre du Parc afin de proposer, le cas échéant, des mesures de gestion et de protection des mammifères marins.
Le conseil de gestion a également pour objectif de favoriser une gestion durable des ressources halieutiques exploitées par les pêcheurs professionnels et récréatifs et de soutenir la pêche côtière professionnelle. Cette activité de pêche est structurante pour le territoire du Parc, tant sur le plan économique que sur le plan culturel et identitaire.
Engagé sur le terrain en septembre 2011, le projet INPECMAM a pour objectifs :

  • de caractériser les interactions entre la pêche et les populations de mammifères marins,
  • de permettre que les mammifères marins capturés accidentellement dans les filets de pêche puissent être analysés afin de mieux connaître leur génétique et leur régime alimentaire,
  • de comprendre les représentations que les pêcheurs ont de la biodiversité marine,
  • d’élaborer des mesures de gestion innovantes et participatives adaptées pour protéger les mamifères marins tout en permettant aux pêcheurs professionnels d’exercer leur activité.

Le déroulé d’INPECMAM

Afin de faire un état en Iroise sur la situation de déprédation et de captures, une étude est menée dans le cadre d’une démarche participative, où les pêcheurs sont des acteurs à part entière. L’étude inclut plusieurs types d’approches et comporte trois volets, offrant une vision complète de cette problématique :

  • un volet sociologique avec des enquêtes qualitatives pour mieux comprendre la représentation qu’ont les pêcheurs professionnels des petits cétacés pour les captures accidentelles et des pinnipèdes pour la déprédation. Le contexte socio-économique de la pêche professionnelle est également étudié.
  • un volet halieutique avec un programme d’embarquements sur les bateaux de pêche afin de mieux évaluer le risque de capture accidentelle et la corrélation avec le contexte environnemental.
  • un volet biologique avec une analyse de génétique des populations et de l’état sanitaire des individus (analyse du contenu des réserves dans la graisse des animaux) ; régime alimentaire (prélèvements de contenus stomacaux) ; analyse des reliquats de déprédation.

Les conclusions

En novembre 2014, les conclusions du programme INPECMAM ont été présentées au conseil de gestion du Parc naturel marin d'Iroise

Ce programme INPECMAM a permis un certain nombre d’avancées, tant en termes de connaissance de la perception des pêcheurs des interactions entre leur métier et les mammifères marins, qu’en matière de connaissance de la biologie des espèces.
Ce programme a été initiateur d’une dynamique de partage et de confiance entre les pêcheurs, les scientifiques et le Parc.
Les embarquements réalisés à bord de 55 navires volontaires différents (chalutiers, fileyers et palangriers) pendant une année dans le Parc naturel marin d’Iroise (du 1er septembre 2011 au 31 août 2012) ont montré un nombre très limité de captures accidentelles mais aussi de nombre de cas de déprédation.

Le faible nombre de captures accidentelles recensé témoignerait d’une cohabitation qui semble acceptable entre mammifères marins et pêcheurs professionnels.
La déprédation est un phénomène très saisonnier et localisé.

Le régime alimentaire du phoque gris en Bretagne se distingue par une forte variabilité entre les individus selon les secteurs géographiques qu’ils fréquentent. On note par exemple l’absence de lançons, une proie principale pour beaucoup d’autres colonies. Il est par ailleurs très diversifié en termes de proies ingérées et ne semble pas orienté majoritairement sur des espèces à forte valeur commerciale.

Les perspectives

Le programme INPECMAM est à considérer comme une entrée en matière pour améliorer la compréhension des interactions entre pêche professionnelle et mammifères marins en Iroise. En effet, les pêcheurs professionnels ont été acteurs et ont contribué à diffuser leur connaissance ; Les sciences, dans les domaines de la biologie, l’halieutique et la sociologie ont appris à travailler ensemble ; Du lien a été établi entre les gestionnaires d’une aire marine protégée, les scientifiques et les usagers ; Des séries de données ont été initiées…

Il est donc désormais important de capitaliser ces acquis et de poursuivre les efforts en termes d’échanges, d’acquisition de données afin d’expérimenter des mesures de gestion adaptées.
Les perspectives données à ce programme peuvent être classées dans 3 domaines avec des pistes d’actions qui pourraient être :

1.    Le partage de connaissance

  • Information des pêcheurs sur l’identification des espèces de mammifères marins présentes en Iroise et les programmes d’acquisition de connaissance sur ces espèces,
  • Création d’un catalogue de photos de marques de déprédation co-construit entre les pêcheurs et les spécialistes,
  • Détermination des zones en risque par le croisement d’informations,
  • Mise en place d’une procédure de déclaration de captures accidentelles et de déprédation par les pêcheurs professionnels auprès du Parc marin.

2.    Expérimentation de mesures

  • Facilitation du retour des échantillons prélevés par les pêcheurs sur les carcasses de mammifères marins (autorisations de prélèvements, dépôt, retour d’informations…)
  • Lancement de travaux sur la spécificité génétique du phoque gris dans l’archipel de Molène, par rapport aux colonies britanniques,
  • Test de mesures d’évitement ou d’éloignement des phoques gris des engins de pêche,
  • Reconduction d’observations à bord des navires de pêcheurs volontaires pour mieux caractériser les phénomènes de déprédation et de captures accidentelles.

3.    Communication

  • Communiquer aux pêcheurs les résultats du programme INPECMAM lors de temps d’échanges réservés,
  • Créer une page dédiée sur les sites web respectifs du Comité départemental des pêches et du Parc naturel marin d’Iroise avec l’intégration d’un module de déclaration en ligne de déprédation et de capture accidentelle. 
  • Communiquer les résultats auprès des autres aires marines protégées.